Muséologie/Patrimoine

Des musées en Afrique…

Les musées en Afrique sont, pour grand nombre d’entre eux, un héritage colonial. En effet, les politiques coloniales en Afrique au 19 ème siècle ont donné naissance à de nombreux espaces muséographiques, beaucoup d’entre eux ethnographique.

Nous pouvons citer par exemple, le premier musée d’Afrique tropicale créée en 1863 à Saint Louis ou au Bénin le premier musée en 1930. En Namibie, la plus ancienne structure muséale a été créée par les Allemands en 1907 à Windhoek . En Algérie, on peut citer le musée des antiquités reconnu comme étant le plus ancien musée d’Afrique.

Cependant des recherches menées par Girault et Galangau-Quérat confirment que des musées existaient bel et bien en Afrique avant la colonisation européenne, il est cité dans leur article que :

Le Roi de Bamendjou (Cameroun) nous avait confié, qu’à l’époque, et dans les termes de sa langue locale, « peuh nôh » traduit en français par « le sac de la chefferie », désignait le lieu de stockage et de conservation du « patrimoine culturel » qui n’était cependant pas ouvert à tout un chacun.

Post colonisation, les États se sont réappropriés ces musées les transformant en musées nationaux. L’objectif étant de construire une identité nationale et créer un imaginaire collectif pour développer le sentiment d’appartenance à une seule et même communauté.

Les populations cherchaient encore leur place dans ce nouveau paysage muséal et patrimonial puisque ces derniers parfois ne considéraient pas leurs richesses et diversité et ne pouvaient donc pas se les approprier.

La question se pose donc si cette reproduction du modèle muséal occidental répond au besoin du peuple et du patrimoine africain. En 1991 Alpha Oumar Konaré, alors Président de l’ICOM, précisait « [qu’] il est grand temps, ce nous semble, de procéder à une totale remise en cause, il faut ‘tuer’, je dis tuer, le modèle occidental de musée en Afrique pour que s’épanouissent de nouveaux modes de conservation et de promotion du patrimoine » (Konaré, 1992).

En 1999, le Conseil international des musées africains (AFRICOM) est créé. Cette structure a pour « mission de contribuer au développement des sociétés africaines par la promotion du rôle des musées en tant que sources de culture et agents de la cohésion culturelle » (Nouvelles Africom, n° 1, 2002).

Qu’en est-il aujourd’hui ? il ne semble que cela n’est pas une priorité pour tous les États Africains. On continue souvent à suivre ou importer des modèles non adaptés à notre contexte et culture locale. La question de la conservation et valorisation du patrimoine culturel Africain à travers les musées doit être réfléchie en se détachant de ce qui s’est fait à ce jour, et en considérant les spécificités propres à ce continent notamment par exemple, la transmission à l’oral d’un grand pan de notre patrimoine.

Source :

Isabelle Brianso et Yves Girault, « Instrumentalisations politiques et développementalistes du patrimoine culturel africain », Études de communication [En ligne], 42 | 2014, mis en ligne le 01 juin 2014, consulté le 07 juillet 2014. URL : http://edc.revues.org/5766

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