ITAR

Itar : Regard du photographe Islem Haouati

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Cette semaine , nous avons eu une conversation intime avec l’artiste Islem Haouati. Il a répondu à nos habituelles questions.

Qui êtes-vous ? Comment décrivez-vous votre art ?

Architecte de formation et photographe de passion, jeune algérien qui défend l’art algérien en utilisant l’image comme moyen d’expression et aussi pour raconter  la vie quotidienne – le photojournalisme -.

Ma démarche photographique vise la société en premier degré, dans l’objectif de sensibiliser et intégrer les gens dans le milieu artistique. La culture est pour moi  un moyen de développement personnel et de développement social.

Je suis tout à fait d’accord  avec l’artiste algérien Mohamed Issiakhem  quand il a dit que l’artiste qui ne vise pas la société n’est pas un artiste. Même si je ne me considère pas vraiment comme un tel, car  l’artiste est pour moi un créateur  et j’estime que je ne suis pas encore arrivé à ce stade-là. Je me considère comme une personne qui pratique l’art.

Dans quelle atmosphère créative êtes-vous le plus à l’aise ?

Pour dire vrai je ne sais pas ! Je ne pense pas qu’il y ait une seule atmosphère mais plusieurs atmosphères dans lesquelles je me sens à l’aise. Je cite pour exemple la rue : les habitants, les gens qui vivent la ville  et l’espace urbain. Je me sens aussi à l’aise dans des lieux où il n’y a pas trop de monde et où  je peux remarquer des détails architecturaux.

Quand la nuit tombe, j’essaie de faire des compositions avec les lumières existantes. Et même dans des endroits fermés où je suis obligé de m’adapter et de créer des installations pour sortir avec une composition photographique.

Que pensez-vous du paysage artistique et culturel algérien ?

Une question que j’évite bien souvent !!

Si on parle  de la culture algérienne avant les années 90 ; c’était une période riche ou y’avait une culture et une identité de l’art algérien, surtout dans  le cinéma, il y  y’avait des productions magnifiques comme la maison jaune de Amor Hakar, Nahla de Farouk Beloufa et le chef œuvre de Mohamed Chouikh – la citadelle-

S’agissant de l’art algérien, je pense qu’actuellement  on  est dans une phase de reconstruction   et de recherche de l’identité de l’art algérien.

Si vous pouviez en changer une chose, ça serait laquelle ?

Je ne  changerai rien, car je ne regrette jamais mes choix mais plutôt j’assume mes actes

Présentez-nous une de vos œuvres ?

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J’ai pris cette photo en 2015 dans une rue d’Alger et elle a été présentée lors de mon exposition « Moula Zenka ». Le premier plan de cette photo est la maison détruite où je me tenais, le deuxième plan est la figure de l’animal et en fin le troisième plan représente les habitations d’un quartier populaire d’où la population est exclue – à la fois du quartier lui-même et de la société.

Le cadrage est naturel, l’image est d’une netteté intégrale. Cette photo en noir et blanc est d’une luminosité moyenne, l’objectif normal et le format rectangulaire.

Les villes algériennes tombent en ruine et les populations (pauvres) renvoyées dans des villes nouvelles ghettoïsées loin des centres.

J’ai voulu dénoncer la perte des repères des cités populaires et montrer que seuls les chiens arrivent à résister au délabrement des villes, que seuls les chiens gardent un semblant de dignité.

Le titre que j’ai choisi pour cette photo « le gardien devenu propriétaire » est provocateur.  Les chiens sont considérés comme ayant peut-être, plus de mérite  que les pauvres qu’on ne veut plus voir dans l’espace public, ni même faire partie des « meubles ». Les villes n’existent plus. Les habitants n’errent plus et ne sont même plus des fantômes. Puisque seuls les chiens sont devenus les maîtres de la ville.​

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